Les deux frères du gille Frédéric D'Andrea, décédé lors du drame de Strépy, ont témoigné ce mercredi après-midi. Ils ont livré des témoignages poignants, évoquant notamment leur arrivée sur les lieux quelques minutes après les faits.
Grégory D'Andrea et Nicolas D'Andrea, les deux frères de Frédéric D'Andrea, se sont exprimés aujourd'hui.
C'est Grégory qui a été appelé à la barre en premier. Il raconte avoir entendu son téléphone sonner vers 5h10 cette nuit-là.
Je vois le nom de Sandra, ma belle-sœur. Elle me dit : "Viens vite, ton frère vient de se faire écraser". En arrivant sur place, je vois mon frère au sol. Je fais un signe à ma femme, pour moi c’était fini. Mais après, j'ai regardé autour de moi. Je ne m’étais pas rendu compte de ce qu’il y avait. J’avais refusé de voir le reste.
Il raconte être passé près du cordon de police derrière lequel était le chauffeur.
Je crie une insulte que je ne dirai pas et je dis : “ Tu as tué mon frère ”.
" Il était protecteur avec tous ceux qu'il aimait "
Il décrit son frère Frédéric comme un fils, un papa, un parrain, un tonton, mais surtout un grand frère exceptionnel.
C’était ma pancetta et j’étais sa mortadelle. On se donnait des surnoms de charcuterie.
Il évoque également le rôle central de son frère dans sa famille.
Ses filles, c’était toute sa vie. Il était d’ailleurs protecteur avec tous ceux qu’il aimait.
Il évoque l’impact du drame.
Paolo (ndlr : Falzone) a été bien plus destructeur que le Covid car il l'a empêché de faire le gille. Il a prouvé qu'une voiture est une arme et qu'on peut tuer avec. Je n’ai jamais eu d’idées noires mais des envies de tuer certaines personnes, oui.
"Je suis plus nerveux "
Il détaille ensuite les changements dans sa vie depuis le drame.
Je suis toujours là, mais j’ai changé. Je suis plus nerveux, je me fiche de tout et je fais moins attention à des détails comme des finances. Car je sais qu’en allant au carnaval ou n’importe où, je peux mourir demain.
Dans son témoignage, il a évoqué un accident survenu avec le père de Paolo Falzone.
Je lui ai dit : “Le respect du code de la route, c’est de famille chez vous.” La maman de Paolo Falzone est alors sortie en criant : “Arrêtez de nous pourrir la vie”. C’est le monde à l’envers.
" J'ai vite compris qu'il y avait quelque chose de très grave "
Après Grégory, c'est Nicolas, l'autre frère de Frédéric, qui a été appelé à la barre. Une demande avait été faite pour qu'il puisse projeter des photos de son frère Frédéric.
Fred portait la RAAL dans son cœur. Ses photos de mariage ont été faites au stade du Tivoli. Les photos qu’on diffuse sont des symboles de ce qu’il représentait. Aujourd’hui, c’est important de voir qui il était en tant qu’homme. Un homme incroyable, un frère fabuleux. Un peu mon deuxième papa car il est bien plus âgé que moi.
Au début de son audition, Nicolas raconte la manière dont il a appris le drame.
Grégory m’annonce un peu la couleur au téléphone en me disant que ça serait compliqué.
Il explique s’être rendu sur place et s’être garé, sans le savoir, à proximité du véhicule de Paolo Falzone.
Un policier me dit que l’accident est plus loin. J’y vais en courant. J’ai vite compris qu’il y avait quelque chose de très grave. Les policiers dressent un périmètre de sécurité. Greg, mon frère, me fait un signe de la tête et je comprends que c’est terminé, Fred n’est plus là. Mes nièces sont dévastées et ma belle-sœur ne semble pas comprendre ce qu’il se passe. Ça m’a marqué.
" J'ai dû lui annoncer que son tonton était mort "
Il revient sur la découverte du corps de son frère.
On a mis une bâche blanche sur mon frère et je ne peux pas l’approcher. C’est horrible.
Il souligne que le drame n’a pas détruit leur attachement au folklore.
M. Falzone nous a pris beaucoup de choses, mais pas le folklore, pas cette famille. C’est important de montrer que nous, les victimes, on a une dignité.
Il évoque une annonce difficile faite à sa fille qui avait 5 ans au moment des faits.
J’ai dû lui annoncer que son tonton était mort. C’était très difficile car c’est avec lui qu’elle faisait les petites bêtises. Elle a voulu écrire quelque chose.
Il lit le texte écrit par sa fille, qui a désormais 9 ans, à Paolo Falzone.
Tonton Fred, c’était le meilleur. Il avait toujours le sourire, faisait des blagues et quand on jouait à la boxe, il faisait exprès de perdre car il m’aimait très fort. Il me donnait du chocolat même si je n’aimais pas car il adorait me voir avec une moustache de chocolat. Paolo, je ne vais jamais te pardonner. Paolo, je n’ai pas envie de te rencontrer car je suis très en colère contre toi.
" Ils doivent faire face à l'absence "
Il évoque aussi le moment où il a vu la dépouille au funérarium.
Je n’étais pas prêt à voir ça. Mon frère était froid sur une table métallique avec un drap qui le cache à moitié. Mais ce qu’il y a au niveau de son visage, c’est atroce. Traces de pneu, visage déformé. Je ne le reconnais pas mais pourtant c’est bien lui.
Il parle ensuite de la situation de ses parents et de l’épouse de Frédéric.
Je connais assez ma belle-sœur pour savoir qu’il lui manque un bout d’elle-même. Quant à mes parents, ils doivent faire face à l’absence. Fred passait tous les jours, même pour des broutilles. Je vois que mes parents souffrent énormément. Papa est dans la salle depuis le début et fait face à ça avec un courage incroyable. Maman, à la maison, fait preuve de courage aussi car elle reste seule, même si les voisins aident.
Nicolas souhaite diffuser une vidéo tournée peu avant le drame. On y voit les gilles danser quelques instants avant le départ du ramassage, le matin du drame.
Il conclut par un dernier message adressé à Paolo Falzone.
J’ai vu que M. Falzone était papa. Quand on est papa, on pense d’abord à ses enfants. Et aujourd’hui, je suis presque triste pour ce petit bout qui va devoir grandir dans une situation compliquée. Faire face à un papa autocentré. Un enfant qui va grandir sans amour paternel.
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