Ce mardi matin, d'autres témoins du drame de Strépy se sont succédé. Ils ont livré des témoignages poignants. Le conducteur du véhicule, Paolo Falzone, a également pris la parole. Il a présenté ses excuses.
Ce mardi matin, les jurés ont entendu de nouveaux témoins présents sur place au moment du drame.
Une première témoin, située à l'arrière du groupe, se souvient encore du bruit de l’impact et des gens projetés en l’air.
À ce moment-là, j’ai la conviction d’un attentat. Pour moi, c’est un véhicule bélier vu la vitesse. J’ai eu cette conviction de nombreuses heures.
" C'était le fils de Christine Chavrepierre "
Ce même témoin a raconté la manière dont elle a vécu les minutes qui ont suivi l'impact.
Elle a notamment vu une dame, aux côtés d'un garçon.
« Il me faisait penser à mon fils. Par la suite, j'ai appris que c'était le fils de Christine Chavrepierre.
Une autre dame, qui participait pour la première fois au ramassage cette année-là, a été appelée à témoigner.
« Je me rends compte que je suis chanceuse. Je n’ai eu qu’une fracture du poignet. Je ne veux pas trop me plaindre », exprime-t-elle d'emblée.
Le plus dur au début a été de me dire que je n’ai aidé personne. J’ai du mal à évacuer ce sentiment.
La voix tremblante et les larmes aux yeux, elle a raconté ce qu’elle avait vécu cette nuit-là :
J’ai entendu un bruit. Au départ, je me suis dit que c'était un pétard. Ensuite, c’était l’impression d’une bombe. J'ai vu une fille par terre, je pensais dans un premier temps à ma fille. Elle ne me répondait pas. J’ai ensuite vu mon fils, ma fille et mon petit-fils. Je leur ai dis : " reculez, c’est une bombe ". C’est mon fils qui m’a appris que c’était un véhicule.
Elle explique avoir voulu donner les premiers soins à une dame. Elle a compris par la suite qu'il s'agissait de Michelina Imperiale.
Je l’ai appelée, j’ai voulu la bouger pour la mettre en position latérale de sécurité. Mais je n’y arrivais pas (pleurs). À côté, j’ai vu un rétro mais aussi des billets de 20 euros. Je les ai mis dans sa poche. Cela semble ridicule, mais je me suis dit qu’à l’hôpital, on lui rendrait.
" De la fête au carnage "
Un père de famille raconte avoir immédiatement écarté son fils du danger lorsqu'il a aperçu "une voiture plein gaz." En rentrant, son fils, qui avait 14 ans ce jour-là, a commencé à vomir.
Il a vomi les jours qui ont suivi. De manière courageuse, il a voulu retourner à l’école mais ce n’était pas possible aussi vite. Fort heureusement, il semble s’en sortir. Ma crainte était qu’il puisse avoir des séquelles. J’ai été dans un état de vigilance au moindre bruit les jours qui ont suivi.
Sa compagne revient sur les premiers secours apportés aux victimes.
On est passé de la fête au carnage. J’étais à côté d’une victime. Après le tri des blessés, un secouriste me dit : " Surtout, ne la laissez pas s’endormir ". Je suis restée auprès d’elle, cela a duré 40-45 minutes. Je l’ai accompagnée jusque dans le hall omnisports. ».
" J'ai perdu mon job, j'ai la rage "
Un jeune témoin explique qu'il se situait près des musiciens et n’a pas entendu la voiture arriver. Il témoigne de la vitesse importante du véhicule.
« Dès que j'ai vu la voiture, j’ai couru. Au loin, je l'ai vue s’arrêter et freiner. J’ai vu les feux stop. Ensuite, elle a redémarré et j’ai vu le gille au sol. J’ai compris qu’il avait été embarqué par la voiture. Personne n’aurait pu rattraper la voiture. Le véhicule roulait trop vite. »
Sa maman a dû être emmenée au CHU Tivoli. Elle savait les jambes broyées et souffrait d'une commotion cérébrale.
J’ai été sous certificat médical plusieurs mois. J’ai perdu mon job, j’ai la rage. Aujourd’hui, je dois toujours me déplacer avec une béquille.
" Je veux présenter mes excuses à tout le monde "
Un père et son fils ont témoigné ensemble.
Le papa, submergé par l’émotion, doit vite laisser la parole à son fils.
J’étais à l’avant du cortège. J’ai vu la voiture au loin car je suis assez grand. Je l’ai vue traverser le cortège. J’ai eu un trou noir de 10-15 secondes. J’ai cherché mon père tout de suite et j’ai regardé s’il n’était pas parmi les corps. J’ai reconnu Frédéric Cicero car je jouais à Manage et il était mon directeur des jeunes.
Suite à ces nombreux témoignages bouleversants, Paolo Falzone a tenu à présenter ses excuses.
Depuis le premier jour, je le dis : je n’aurais jamais dû faire ça. Je suis super touché, ému par les témoignages. Je sais que je suis inexcusable, mais je veux présenter mes excuses à tout le monde. Je suis sincèrement désolé.
Avant la suspension d’audience pour l’heure de midi, Me Gelay, avocat des enfants de Salvatore Imperiale, a tenu à faire un commentaire général.
On a entendu beaucoup d’humanité. On a compris que des victimes ont eu des gestes envers des victimes.
La fille de Salvatore Imperiale m’a dit : " Personne ne devrait mourir seul ". Son papa est, lui, mort seul, encastré dans le véhicule. Il y est resté 15 minutes entre le choc et l’arrivée des secours, sans aucun geste d’humanité. Même aucun regard.
L'audience reprendra à 14h avec de nouveaux témoignages.
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