Parmi les témoins de ce mardi après-midi, les parents de Florian Devise, un gille grièvement blessé le 20 mars 2022, ont raconté leurs souvenirs de cette terrible nuit et les conséquences sur leur famille.
Les parents de Florian Devise, un gille grièvement blessé le 20 mars 2022, ont raconté leurs souvenirs de cette terrible journée.
Le papa, Olivier, a pris la parole en premier.
Je vais aller à l’essentiel. Au préalable, je voulais préciser que j’ai fait exprès de ne pas avoir suivi les JT ou les réseaux sociaux pour ne pas perturber mes souvenirs avant mon audition.
La papa précise qu’il est policier. Il décrit le départ de sa femme, Nicole, vers une collègue située à droite : "À 5h, tu vas berdeler". Une expression qui a fait rire la présidente de la cour d’assises.
Mon attention est alors attirée par un bruit d’avion. Assez puissant. Je me tourne d’un quart, je vois un véhicule arriver. Je me dis : « Il va freiner. » Et bien non, il percute la foule. Cela donnait l’impression d’un strike. C’était horrible de voir ce véhicule continuer presque dans l’incompréhension et freiner ensuite. Je vois les feux stop, c’est certain, et puis, je le vois continuer sa route. Ensuite, je regarde autour de moi car, je cherchais mon fils qui faisait le Gille.
Un fils différent
Olivier Devise explique avoir été très concis et précis, style militaire au moment où les secours sont arrivés pour prendre son fils en charge.
« 28 ans, inconscient, trou à la tête, vomi, sang », a-t-il déclaré à un secouriste venu l’aider.
Quatre ans plus tard, le papa décrit Florian comme étant un fils différent, précisant qu’à l’hôpital Ambroise Paré, on le surnomme : "Le miraculé de Strépy".
Il vit toujours chez nous. On peut l’appeler Tanguy. C’était un gamin posé, respectueux, calme. Aujourd’hui, après les opérations, il n’a plus de filtre. Aujourd’hui, s’il a envie de vous dire « m…. », il le fera. On s’y accommode avec le temps, notamment avec les explications médicales. Une des séquelles est son état quand il est fatigué. On dirait qu’il a bu. Il est passé par le chas de l’aiguille. Quelle chance inouïe, incroyable, ai-je de l’avoir encore.
Rongé par la culpabilité
Le papa explique qu’il se sent toujours coupable aujourd'hui.
Ai-je bien tout fait correctement ? N’ai-je pas trop comprimé le cerveau ? C’est la culpabilité qui me ronge. Avec le temps, j’ai eu les réponses des médecins mais cette question me suivra toute ma vie : Ai-je bien fait tous les gestes ? J’ai la chance de l’avoir mais je n’ai plus le même gamin.
Il a détaillé le moment où il a trouvé son fils par terre, couché sur la chaussée.
Inanimé, un trou dans la tête, du sang au niveau de sa tête. Grâce à mon métier, j’ai pu lui prodiguer les premiers soins. Je prends la veste de mon épouse pour freiner l’écoulement du sang. J’essaie de le mettre en PLS. Je lui vide la bouche des aliments qu’il a remis. Je l’ai entendu respirer. Je lui ai parlé tout le temps jusqu’à ne plus avoir de salive. Mon épouse cherche sa filleule, Amélie, et Laure, son amie.
" J'ai perdu mon âme sœur "
Nicole, qui était positionnée deux rangs derrière la grosse caisse, a raconté comment elle a dû, dans un premier temps, faire des allers-retours entre son mari qui s’occupait de Florian, sa filleule Amélie qu’elle eu du mal à retrouver, et Mario qui ne lâchait pas Laure Gara.
" J’ai perdu mon âme sœur ", exprime-t-elle en parlant de Laure Gara. J’ai crié les noms d'Amélie et de Laure. Je ne pensais pas à les chercher par terre. J’avais la tête relevée.
Aujourd’hui, elle confie avoir un fils différent, comme son mari l’avait déjà exprimé avant. Elle décrit les difficultés au quotidien.
Je ne dors presque plus. Je n’ai plus de sommeil réparateur. Chaque matin, à 5h08, je suis réveillée. Mon fils a 33 ans, il doit reprendre sa vie mais, au début, il a fallu vraiment faire attention à tout. Il a eu une crise d’épilepsie, une infection. C’est aussi pour ça que j’ai toujours refusé de prendre des médicaments.
" Je ne peux pas m'empêcher de regarder sa cicatrice "
Au départ, le laisser sortir avec ses amis était impossible pour elle.
Ses filleuls ont dû apprendre à faire attention en allant vers lui. Il ne peut plus jouer au foot alors que c’était sa passion. Quand il va chez le coiffeur, on voit bien sa cicatrice. Je ne peux pas m’empêcher de la regarder. Au moment du drame, j’avais un fils de 28 ans. Paolo Falzone m’en a donné un autre ce jour-là.
Avant de retourner aux côtés de son fils, Olivier Devise a tenu à faire ce commentaire à la salle.
Quand on est un parent, on doit être responsable de ses enfants. Sur le banc des accusés, j’estime qu’il manque deux personnes. Quand on connaît les déviances de son enfant, au niveau de la vitesse, on ne lui met pas une arme entre ses mains.
Il est ensuite tombé dans les bras de son fils. Nicole a embrassé Manon, la fille de Laure, avant de s’asseoir aux côtés de son fils.
" Je dois faire un deuil de ma vie d'avant "
Ensuite, Amélie Greuse, la filleule de Nicolas Greuse et cousine de Florian Devise, s'est également exprimée.
Polytraumatisée ce jour-là, elle a livré un témoignage poignant. Elle décrit toutes les blessures mais surtout toutes les séquelles, dont elle souffre.
Je n’ai pas demandé à avoir ça. Je n’ai plus de vie sociale. J’essaie de tenir bon. Mon corps commence seulement à se réparer aujourd’hui. Je dois faire un deuil de ma vie d’avant. Mais ce lendemain ne vient pas et je commence à perdre espoir que ce lendemain arrive. Je ne m’aime plus. Je suis cicatrisée de partout. Ma vie de couple en a pris un coup. Je ne peux plus aller dans ma chambre, je dors dans mon fauteuil avec ma chaise roulante à côté.
Amélie Greuse évoque son fils, Alvaro, âgé de quatre ans au moment des faits :
Il a régressé à ce moment-là. Aujourd’hui, je ne sais plus rien faire avec lui. Il me demande souvent d’aller le border pour aller dormir, je ne sais plus. Il a failli perdre sa maman et son parrain. Au début, on lui avait menti. On lui avait dit que ce n’était pas le même accident. Il nous en a voulu. Aujourd’hui, je ne sais plus dire à mon fils : viens, on va se promener. Les trottoirs ne sont pas adaptés aux chaises roulantes. Donc, on reste à la maison. Je n’arrive plus à jouer avec lui.
Le passage avec son fils est bouleversant. Paolo Falzone craque et demande à s’exprimer et à laisser un commentaire à Amélie.
J’en ai les jambes coupées de tout ce que j’ai entendu. Madame, je suis désolé de tout ce qui vous est arrivé. Je suis entièrement responsable de ma vitesse excessive.
L’intervention de Paolo Falzone a fait lever les victimes et de nombreuses parties civiles qui ont quitté la salle. La présidente a levé la séance dans la foulée.
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