Florian Devise, surnommé "le miraculé de Strépy" à l'hôpital Ambroise Paré, a témoigné ce mercredi matin. Il a évoqué les différentes séquelles physiques et psychologiques persistantes du drame de Strépy.
La semaine dernière, les parents de Florian Devise, un gille grièvement blessé le 20 mars 2022, racontaient leurs souvenirs de cette terrible nuit et des conséquences sur leur famille.
Son père expliquait notamment qu'il avait un fils différent depuis le drame.
"C’était un gamin posé, respectueux, calme. Aujourd’hui, après les opérations, il n’a plus de filtre. Aujourd’hui, s’il a envie de vous dire « m…. », il le fera. On s’y accommode avec le temps, notamment avec les explications médicales. Une des séquelles est son état quand il est fatigué. On dirait qu’il a bu", expliquait-il.
Aujourd'hui, c'est Florian Devise qui a été appelé à la barre. Il débute son audition en racontant ses derniers souvenirs.
Je suis parti pour la salle omnisports vers 23h40. À 3h, ma maman est venue m’habiller. Mes souvenirs s’arrêtent au moment où je pars pour la rue des Canadiens.
" J'ai attrapé la phobie de l'hôpital "
Il explique avoir repris connaissance 48 heures plus tard, après un coma. À son réveil, il ne ressentait aucune douleur.
Je me demande si j’ai fait un coma éthylique mais je vois ensuite mes parents pleurer. Ils m’expliquent deux jours après ma fracture du crâne et mon hématome au cerveau. Il a d’ailleurs bougé suite à l’impact. Je n’avais plus d’os qui protégeait mon cerveau. Après une nouvelle opération, j’ai enfin pu regagner mon domicile, le 13 avril.
Deux semaines après sa sortie, il raconte avoir fait une crise d'épilepsie.
Je dois prendre des médicaments à vie. Ma neurologue me dit que je gère bien ce traitement. Je dois gérer ma fatigue pour ne pas refaire de crise. Ces médicaments sont devenus une obsession.
Florian évoque une autre complication survenue après les faits.
J’ai attrapé la phobie de l’hôpital car j’ai peur qu’on me découvre quelque chose de nouveau. En juin 2024, on a dû reprogrammer une opération. J’ai dû porter une prothèse au niveau du crâne. Depuis ce jour, les contrôles médicaux sont bons.
" Je ne voulais pas le croiser "
Depuis janvier 2025, il est suivi psychologiquement. Au niveau de son comportement, il reconnaît être plus irritable qu'avant.
C’est compliqué car je balance tout ce qui me passe par la tête. Si quelqu’un se plaint de futilités, je ne le supporte pas avec ce qu’on a vécu.
Florian évoque un épisode survenu en 2023 lors du carnaval de Binche.
« On m’avait dit que le passager (ndlr : Antonino Falzone) était dans le même bar que moi. Je suis resté chez moi durant quelque temps car je ne voulais pas le croiser.
Grand amateur de football, Florian explique avoir arrêté de jouer par crainte d’une nouvelle blessure à la tête.
Je vais voir mes amis maintenant. Ils me font comprendre que je suis avec eux. Ça reste dur d’y aller, mais passer du temps avec mes amis me fait du bien.
Florian évoque sa passion pour le Doudou de Mons. Il était très ému en parlant de cette festivité montoise.
Je ne peux plus faire le combat. Aller à la corde est impossible. Je ne sais plus voir le regard de mon papa, qui est dans l’arène.
En 2026, Florian a pu refaire entièrement le carnaval mais il précise quand même qu’il ne pourra plus jamais mettre le chapeau du gille sur la tête.
" Papa, tu m'as sauvé "
Lors de son témoignage, Florian évoque Laure Gara, une victime décédée.
« C’est moi qui l’ai invitée. Elle n’avait jamais fait le ramassage. Elle était tellement contente. C’était une deuxième maman pour moi et elle n’est plus là. J’étais son chouchou, comme elle le disait. Je m’en veux. Si je ne l’avais pas invitée, elle serait toujours là » dit-il, en éclatant en sanglots.
Florian s’adresse ensuite directement aux accusés.
Il y a 50 mois, vous avez brisé nos vies. J’ai un message d’espoir quand même. On est tous soudés, forts et dignes. Je veux juste dire que je vivrai toujours le folklore pour les victimes.
À la demande de Me Mayence, Florian se tourne vers le jury pour montrer sa cicatrice.
Elle fera toujours partie de moi, c’est une marque à vie. Mais c’est compliqué de voir mon visage qui a changé.
Florian conclut son témoignage par un message adressé à son père.
Mon papa se demande s’il a bien fait de comprimer ma tête au moment du drame. Papa, ne t’en veux pas, tu m’as sauvé.
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