Témoignage très attendu ce mercredi avec l’audition de Crocefissa Ricotta, Fifa, la personne coincée dans l’habitacle de la voiture de BMW de Paolo Falzone.
Appuyée sur sa béquille, stigmate encore visible du 20 mars 2022, Fifa s’avance face à la cour. Sa silhouette revêtue d’une veste jaune tranche dans l’immensité et la froideur du hall d’exposition requis pour le procès.
Du drame, elle indique d’emblée n’avoir aucun souvenir. Comme très régulièrement lors des carnavals de la région, elle avait été conviée au ramassage par un ami gille dont elle avait confectionné le costume.
4 mois à l’hôpital
En l’absence complet de souvenir des faits, son témoignage s’est surtout attardé sur son long parcours médical. Un parcours entamé par une hospitalisation de 4 mois tout d’abord au CHR Haute Senne à Soignies et par la suite à l’hôpital de Jolimont. Un séjour marqué par plusieurs interventions chirurgicales aux jambes. Un parcours médical aux allures de calvaire et qui se poursuit encore aujourd’hui.
« J’ai longtemps dormi dans le divan de mon salon car je ne savais pas monter jusqu’à mon lit. Aujourd’hui, j’ai encore du mal à descendre ou monter des marches lorsqu’elles sont hautes. Je me sens encore diminuée. Je me demande parfois ce que je fais encore sur cette terre » a-t-elle précisé.
Une nouvelle intervention chirurgicale sera prochainement planifiée pour une greffe d’os sur son tibia gauche toujours fragilisé.
Un état physique qui l’empêche aujourd’hui encore de pratiquer toute activité sportive elle qui se rendait régulièrement à la piscine ou pratiquait le jogging.
« J’allais deux fois par semaine à la gymnastique, je faisais du jogging le dimanche matin, j’allais parfois à la piscine, … J’avais aussi acheté un vélo pour faire des balades avec mon neveu mais je n’ai jamais pu l’utiliser à cause de l’accident. » Aujourd’hui son vélo est accroché dans son garage.
Mais si l’impact physique et psychologique du drame reste profondément ancré dans sa chaire, Fifa Ricotta s’est surtout attardée sur sa vie d’après ou plutôt sur son absence de vie.
Couturière au sein de l’atelier du louageur de costumes de gilles à La Louvière, sa vie d’avant le 20 mars était donc profondément liée voir mêlée au carnaval.
« Pour Paolo Falzone, sa voiture c’était son bébé. Moi, mon travail c’était mon bébé. J’ai travaillé pendant 35 ans. C’était un amusement ce travail de confectionner les costumes de gilles. J’ai créé beaucoup de liens. Après le 20 mars 2022, j’ai tout perdu » a témoigné émue Fifa Ricotta.
Et Crocefissa Ricotta était bien plus qu’une couturière. Elle était le pilier de ce commerce emblématique de La Louvière. Elle connaissait par cœur ses clients gilles. Leur nom mais aussi leurs mensurations. Une proximité pas comme les autres.
« Dès qu’un gille changeait de largeur de taille, je lui faisais un commentaire. Surtout à l’approche d’un apertintaille d’une taille à 3 chiffres. Certains entamaient alors un régime. Et leur épouse venait alors me remercier » a-t-elle expliqué.
Suscitant alors un commentaire de la présidente « Vous étiez un peu le weight watcher ». Trait d’humour qui peut sembler dérisoire mais qui permet l’espace d’un instant d’entrouvrir la chape de plomb qui pèse sur la salle durant ces terribles témoignages.
Depuis le 4 mai et l’ouverture du procès, Fifa est présente chaque jour. Une présence indispensable pour comprendre aussi ce qu’il s’est produit ce matin-là. Elle qui n’a aucun souvenir du 20 mars. Aujourd’hui, elle sait donc le rôle, bien involontaire, de Salvatore Imperiale lors du drame.
« Il était beaucoup plus grand que moi et si je suis ici devant vous, c’est grâce à lui. Je ne me rappelle de rien, mais avec les vidéos, je me dis que c’est lui qui a amorti le coup. Mes séquelles ont été moindres mais lui, il n’est plus là. Je suis triste de ça. » a-t-elle voulu dire aux proches de Salvatore Imperiale.
Aujourd’hui, Fifa Ricotta ne travaille plus. Elle ne confectionne plus de costume de gille. Mais malgré les souffrances visibles ou invisibles, elle continue de se rendre dans des carnavals.
« Aujourd’hui je vais encore au carnaval. Mais pas longtemps. Et pas à Strépy, c'est trop dur. Dès qu’il y a trop de monde, ça ne va pas. Avant j’y passais la journée, aujourd’hui j’y reste 1h » nous a-t-elle confié juste après son audition.
Une courte présence qui ne l’empêche pas d’avoir toujours un regard appuyé sur le costume de « ses » gilles.
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