L’émotion a envahi la cour d’assises ce lundi après-midi lors des premières auditions des témoins directs du drame de Strépy. Accompagnants, proches des victimes et gilles ont livré des récits bouleversants.
Après plusieurs jours consacrés aux experts et aux enquêteurs, les jurés ont entendu ceux qui se trouvaient sur place au moment où la BMW de Paolo Falzone a percuté le ramassage, le 20 mars 2022.
« Un missile », « une balle de fusil »
Les témoignages se rejoignent sur un point : la vitesse impressionnante du véhicule.
Un témoin présent à l’arrière du groupe raconte avoir entendu une voiture accélérer avant de voir « un missile » surgir dans la rue des Canadiens.
« J’ai juste eu le temps de crier “Attention !” avant que la voiture ne percute le groupe », explique-t-il.
« J’ai vu les corps voler. C’était une scène apocalyptique. »
Une autre témoin compare la BMW à « une balle de fusil ».
« J’ai entendu du bruit puis, d’un coup, un grand silence. Je pensais être dans un cauchemar », témoigne-t-elle.
Un automobiliste ayant croisé la BMW peu avant le drame décrit lui aussi une vitesse extrêmement élevée :
« Un bolide est arrivé. C’était un fangio. Le temps de regarder dans le rétroviseur, je ne le voyais déjà plus. »
Des corps projetés dans les airs
Plusieurs témoins expliquent avoir d’abord entendu un bruit inhabituel — assimilé à un pétard, un « boum » ou encore un bruit anormal de grelots — avant de comprendre ce qui venait de se produire.
« La première image, c’est des gens qui volent en l’air », raconte l’un d’eux.
Un autre témoin, placé à l’avant du groupe devant les gilles, décrit une scène particulièrement marquante :
« Je vois alors un véhicule. Ensuite, les phares arrière s’allument. Un gille roule sur le capot puis tombe par terre. Enfin, je vois le véhicule rouler sur sa tête. »
Plusieurs personnes précisent n’avoir jamais vu la BMW freiner avant l’impact.
Le chaos et les premiers secours
Au milieu de la panique, certains témoins ont immédiatement tenté de secourir les victimes.
Un père de famille raconte avoir pratiqué un massage cardiaque sur Frédéric Cicero.
« J’ai vu du sang sortir de ses oreilles et j’ai compris que c’était fini », confie-t-il.
Sa compagne, très émue, explique entendre encore aujourd’hui « les os se briser ».
« Je cherchais mon fils partout. Quand je l’ai retrouvé, il m’a expliqué qu’un gille l’avait poussé. C’est pour ça qu’il est encore vivant. »
Ce gille c’est Frédéric D’Andrea qui juste avant d’être percuté a pu dans un ultime geste écarter le jeune garçon, qui vivait son premier carnaval en gille.
A cet instant des auditions, le frère de Frédéric D’Andrea a tenu à adresser quelques mots à l’adolescent :
« Tu n’es pas responsable de la mort de mon frère. Le responsable, c’est le conducteur. »
D’autres témoins racontent avoir repris connaissance quelques instants après le choc avant de chercher leurs proches au milieu des blessés et des débris.
Des séquelles toujours présentes
Au-delà du drame immédiat, les témoignages ont surtout mis en lumière les lourdes conséquences psychologiques et physiques laissées par cette nuit.
Une victime explique souffrir encore de limitations au bras plusieurs années après les faits :
« Je ne sais plus ouvrir un bocal ou tourner une clé normalement. »
Une autre mère raconte que son fils, blessé ce matin-là, souffre désormais de crises d’épilepsie et a dû arrêter la boxe.
« Avant l’accident, il était plein de punch. Aujourd’hui, tout a changé. »
Une témoin résume le traumatisme collectif :
« La musique s’est transformée en scène d’horreur. Ce jour-là, je me suis éteinte. J’ai perdu des amis, mais aussi ma joie de vivre. »
Plusieurs personnes évoquent également des crises de panique au moindre bruit de pétard et l’impossibilité de repasser dans la rue des Canadiens.
« J’ai eu peur qu’on me tue »
Les instants suivant l’impact ont également été abordés durant l’audience. Plusieurs témoins affirment que la BMW s’est arrêtée avant de redémarrer quelques secondes plus tard.
Interrogé directement par un témoin sur ce choix, Paolo Falzone répond :
« J’entendais des cris et des insultes. J’ai pris peur. Je me suis dit qu’on allait me tuer si je restais là. »
L’accusé a également présenté ses excuses à certains témoins présents dans la salle.
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