Lorena Cascarano qui a perdu ses parents et son parrain le 20 mars 2022, a témoigné devant la cour d’assises du Hainaut. Le témoignage fort et bouleversant d’une jeune fille dont la vie a basculé.
Depuis l’ouverture du procès du drame de Strépy-Bracquegnies, il n’y a pas de classement de la douleur. Aucun podium dans l’horreur. Uniquement des familles brisées, des pères, des mères, des frères, des sœurs, des oncles, des tantes, des amis dont la vie a irrémédiablement basculé à l’aube du 20 mars 2022. Toutes ces personnes partagent la même déchirure intime.
Et il y a Lorena Cascarano. En l’espace d’un instant, elle s’est retrouvée orpheline. Son père, Mario, sa maman, Micheline et son parrain Salvatore, « mon deuxième papa » dira-t-elle face à la cour, sont décédés à Bracquegnies alors qu’ils participaient au ramassage des Bout-en-Train.
C’est donc une jeune fille de 29ans qui se présente ce mardi matin, seule, face à la cour d’assises du Hainaut.
Et avant d’entamer le récit de sa vie ou plutôt de sa survie comme elle la qualifie désormais, la fille de Mario et de Micheline a tenu à diffuser une courte vidéo. Une vidéo de fête, de sourire, de danse, d’amusement, de musique. Pour montrer à la cour ses parents et son parrain tels qu’ils étaient. Et non pas uniquement comme des victimes du drame de Strépy.
Une vidéo qui tranche douloureusement avec la suite du récit.
Un récit qui débute la veille du drame. Lorena participait, comme souvent, avec ses parents à une fête de famille. Dernier souvenir figé dans une photo projetée sur les écrans de la salle. Image qui ne quittera pas le témoignage de Lorena.
Un drame qui débute le matin des faits. Lorena n’a pas accompagné ses parents. Le téléphone sonne à 8h. Elle ne répond pas. Un second appel. Elle répond. Une de ses tantes a vu les infos et lui demande si ses parents sont rentrés.
S’en suivent des heures d’inquiétudes. Où sont-ils ? Sont-ils blessés ? Aucune information. Et puis un post Facebook à 13h. Une capture d’écran d’une image de ses parents et la mention : reposez en paix Mario et Micheline. « J’ai donc appris la mort de mes parents sur Facebook » insiste alors Lorena Cascarano.
Et une heure plus tard, la terrible rumeur se confirme. Une psychologue et la police l’informent qu’elle a perdu 3 personnes. « Le cerveau n’est pas fait pour encaisser ce genre de choses ».
De fille unique, centre d’attention permanent de ses parents, elle bascule dans un autre monde. « Je me retrouve au funérarium face à un catalogue de cercueils à devoir choisir ou seule face à un appel d’un employé des pompes funèbres qui me demande de payer 3500 euros avant 16h sinon nous n’aurons pas de caveau » explique Lorena.
Elle relate aussi cet échange au cimetière lorsqu’un employé lui demande qui doit être placé en premier dans le caveau…
S’en suivent les interminables difficultés administratives, les comptés bloqués, les factures à payer, etc. De jeune étudiante protégée par ses parents, elle devient orpheline. Certes entourée par une famille nombreuse. Mais seule.
« Nous formions un cocon. Nous faisions tout ensemble. Les courses, les vacances » détaille-t-elle. J’ai dû annuler les voyages déjà planifiés. Le Portugal en avril. Et surtout celui de septembre. Los Angeles. Le rêve de mon papa. Avec un crochet par Las Vegas pour leurs 25ans de mariage ».
Aujourd’hui, la jeune femme de 29 ans a bouclé sa thèse de doctorat à Bruxelles et vit toujours dans la maison familiale. Où rien n’a bougé.
« Leur brosse à dent est toujours à côté de la mienne. Leur verre d’eau est toujours sur leur table de nuit. C’est une souffrance du quotidien. J’attends toujours qu’ils reviennent et plus le temps passe et plus c’est dur » témoigne avec force Lorena Cascarano.
Force qu’elle puise dans ce qu’elle appelle son combat. Ce drame, ce dossier et depuis le 4 mai ce procès. « Le dossier est mon livre de chevet. J’ai besoin de comprendre. J’assiste à toutes les audiences. Mais avec beaucoup de frustration face aux mensonges des accusés et à leurs changements de versions. Dès qu’un événement n’a pas été filmé, ils ne se souviennent plus ».
Face à une salle figée par ce témoignage, la force de Lorena Cascarano impressionne. Une force proportionnelle au cataclysme dans lequel elle a été plongée.
« J’ai tout perdu. Comme si on avait arraché des membres de mon corps. J’ai perdu tous mes repères. Je ne vis pas. Je survis. Je ne vis pas. Je ne profite pas de ma vie. J’avais 23 ans. Ma vie de jeune adulte n’a pas existé »
« Je suis morte avec eux. Je ne suis plus là. La Lorena d’avant n’existe plus »
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