L'émotion était palpable ce lundi devant la cour d'assises du Hainaut lors de la plaidoirie de Me David Gelay, avocat de Mattia et Marianna Imperiale, les enfants de Salvatore Imperiale, décédé lors du drame de Strépy-Bracquegnies le 20 mars 2022.
Dès l'entame de son intervention, l'avocat a tenu à replacer les victimes au centre des débats. Devant les jurés, il a rallumé les sept bougies déposées vendredi par Me D’Agristina lors de sa plaidoiries, rappelant à chaque fois le nom d'une des victimes décédées. Derrière lui, plusieurs photographies de Salvatore Imperiale étaient projetées.
« Je voudrais souligner la dignité des victimes et l'extrême indignité des accusés », a-t-il déclaré.
Pendant près de deux heures, Me Gelay a développé une thèse claire : le drame ne relève pas de la fatalité mais d'une succession de choix conscients posés par Paolo Falzone.
« Les faits sont connus, établis, accablants. Ce dossier n'est pas celui d'un homme à qui les choses arrivent mais d'un homme qui fait arriver les choses », a-t-il affirmé.
L'avocat a retracé les décisions prises dans les minutes précédant le drame : le choix de prendre le volant après une nuit en discothèque, d'emprunter cette route, d'activer le mode sport de sa BMW, de se filmer en conduisant et d'accélérer jusqu'à atteindre 174 km/h dans une zone limitée à 50 km/h.
« Il choisit de prendre le volant de sa grosse BMW. Il choisit sa route. Il choisit d'accélérer à fond sur l'accélérateur, de passer en mode sport, de se filmer, de recommencer sa story. Il aurait pu s'arrêter mais il a décidé de continuer. »
Selon Me Gelay, la vitesse constitue un élément central du dossier.
« Lorsque madame la juge d'instruction lui demande s'il est conscient qu'avec un tel comportement il peut tuer, il répond : "Je pense que oui". Cette réponse balaie toute la défense. »
« Un homme profondément égoïste »
L'avocat a dressé un portrait particulièrement sévère de l'accusé.
« Paolo Falzone n'est pas un monstre », a-t-il reconnu. « C'est un homme. Un homme profondément égoïste, frustré, qui se sent tout puissant à bord de son bolide. »
Selon lui, le comportement de l'accusé avant, pendant et après les faits révèle une même constante : l'absence totale d'empathie.
« Paolo Falzone est toujours au centre du récit. Ses envies, sa voiture, son image. Et les autres ? Absents de son champ de réflexion. »
Me Gelay a notamment insisté sur les événements ayant suivi l'arrêt du véhicule rue Léopold Aubry.
« Appelle-t-il les secours ? Demande-t-il de l'aide ? S'inquiète-t-il de l'état des victimes ? Non. Il appelle sa mère. »
Pour l'avocat, ce comportement démontre les véritables priorités de l'accusé.
« Il est préoccupé par lui-même, son avenir et son sort. "Ma vie est foutue", "Je vais aller en prison". C'est un homme autocentré, profondément égoïste. »
La mort de Salvatore Imperiale au cœur de la plaidoirie
L'avocat a demandé aux jurés de retenir la qualification de meurtre concernant Salvatore Imperiale dont il représente les enfants, Mattia et Marianna.
Selon lui, dès le premier impact, Paolo Falzone savait qu'il venait de provoquer une catastrophe.
« Après le premier impact, n'importe quel être humain comprendrait ce qu'il vient de se produire. Paolo Falzone avait encore la possibilité de s'arrêter, de secourir, de sauver. Il ne fera aucun de ces choix. »
Me Gelay a rejeté l'argument de la panique avancé par la défense.
« La défense vous parlera de panique. Elle a bon dos. Elle ne justifiera jamais de blesser ou de tuer. »
Il a également évoqué les victimes encore vivantes transportées dans la BMW pendant la fuite.
« Des victimes vivantes sont encore dans son véhicule et gémissent selon Antonino Falzone. »
« Il décide encore de tuer »
L'un des moments les plus marquants de la plaidoirie a concerné le cas de Frédéric D'Andrea.
Me Gelay est revenu sur les 22 secondes durant lesquelles le gille est resté sur le capot du véhicule.
« 22 secondes pour comprendre, renoncer, s'arrêter et sauver. Au contraire, il décide de tuer encore. »
Selon lui, Paolo Falzone aurait freiné pour faire tomber la victime avant de lui rouler dessus.
« Puis l'accélération et le passage sur le corps du malheureux Frédéric. Même à cet instant, même après tout ce qui vient de se produire, Paolo Falzone dispose encore d'un choix. Encore une fois, il se choisira lui, quitte à tuer encore. »
Antonino Falzone également visé
La seconde partie de la plaidoirie était consacrée au rôle du passager, Antonino Falzone.
Me Gelay a dénoncé ce qu'il considère comme des contradictions dans ses déclarations.
« Pendant toute l'instruction, Antonino Falzone prétend dormir avec un véhicule traversant la ville à une vitesse délirante et une musique dingue. Comme c'est pratique. »
L'avocat a demandé aux jurés de le reconnaître coupable de non-assistance à personne en danger.
« Pendant quinze minutes, Antonino n'a pas un geste pour les victimes. Alors qu’elles sont vivantes. Il le dira en audition, il entend leurs gémissements ».
Selon lui, le passager avait pourtant parfaitement conscience de la situation
« La non-assistance à personne en danger ne demande pas l'héroïsme. Elle demande simplement de faire quelque chose lorsqu'un être humain est en danger. »
Un message pour Mattia et Marianna
En conclusion, Me Gelay est revenu vers ses clients, évoquant les conséquences du drame sur leur vie quotidienne.
« Pour mes clients, ce drame ne s'est pas arrêté le 20 mars 2022. Ce qui était le bruit de la joie est devenu le bruit du désespoir. »
L'avocat a rappelé que Marianna avait quitté la région et que Mattia ne traversait plus la rue des Canadiens, pourtant située à quelques centaines de mètres du domicile familial.
S'adressant directement aux jurés, il a conclu :
« Vous avez fait preuve d'un courage, d'une écoute et d'une patience exemplaires. L'une des décisions les plus importantes de votre vie est sur vos épaules. J'espère de tout cœur que grâce à vous, Mattia et Marianna pourront enfin dire à Salvatore : "Papa, justice t'a été rendue". »
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