Me D’Agristina a ouvert les plaidoiries du procès Falzone. Une plaidoirie forte. A la fois émouvante et tranchante. Pointant à la fois le comportement des accusés et leurs nombreuses contradictions.
Pour débuter les nombreuses plaidoiries de ce procès hors norme, c’est Me D’Agristina qui s’est levée la première. Un choix qui ne doit probablement rien au hasard.
Car si c’est une avocate, une pénaliste d’expérience, qui s’est exprimée ce vendredi. C’est aussi, au cœur de ce procès si particulier pour la région du Centre, une femme d’origine italienne, une épouse et une maman de gille qui a parlé. Une plaidoirie sur les faits. Implacables selon elle pour les accusés. Mais aussi une plaidoirie en hommage aux victimes et à toute une région amoureuse de son folklore. Et qui reste 4ans plus tard douloureusement marquée par le drame du 20 mars 2022.
Hommage aux victimes
Une plaidoirie qui débute par une scène rarement vue au sein d’une cour d’assises. L’avocate a ainsi cité le nom des 7 victimes décédées et joignant le geste à la parole, elle a pour chacun d’entre eux déposé une bougie sur sa table. « Ces personnes sont là avec nous aujourd’hui. Ce ne sont pas uniquement les photos d’autopsies, ce sont aussi les photos que leurs proches vous ont montrées. Et elles sont aussi ici avec nous aujourd’hui » a-t-elle commenté.
Pour Me D’Agristina, avant l’action meurtrière de Paolo Falzone, tout était réuni pour que la fête soit parfaite. Après 2 années d’arrêt forcé suite à la pandémie de covid-19, le carnaval allait enfin reprendre ses droits. Et c’est à Strépy-Bracquegnies que la fête allait reprendre en premier. « Le premier gille est prêt. On a pris une petite coupette. On démarre et on va chercher les gilles de maison en maison. On allume un petit feu de bengale. Ce sont les embrassades. Tout le monde est content, c’est la fête, le gille est fier. Cette nuit-là, le 20 mars 2022, c’était la pleine lune. Il faisait sec et clair. Il ne faisait ni trop froid, ni trop chaud. Tout était parfait pour faire la fête. Les éclats de rire, les gilles avancent et sont devant ».
Impossible d’ignorer la tenue du carnaval
Pour Me D’Agristina, Paolo Falzone ne pouvait pas ignorer que le carnaval de Strépy-Bracquegnies allait débuter le 20 mars 2022. Présent le samedi précédent les faits à une soumonce à La Louvière « et personne ne lui aurait parlé du carnaval de Bracquegnies ? » s’interroge l’avocate. Tout comme il n’aurait pas pu ignorer les éléments déjà présents aux abords de Bracquegnies comme des barrières de signalisations préinstallées sur certains axes. « La veille, il est allé chez le coiffeur. J’habite la région. Pour aller chez le coiffeur à Bois-du-Luc depuis Maurage Monsieur n’aurait pas vu les barrières ? Et il n’a pas pu passer par Trivières car il y avait soumonce. Peu importe le chemin par lequel il est passé, même le zoning, il a dû voir les barrières qui signalaient le carnaval ou les forains qui étaient installés » insiste l’avocate qui connait les lieux. Elle vit à moins de 5km de la rue des Canadiens.
La pénaliste revient aussi sur les changements de version du principal accusé. « J’ai vu volé des gens, je n’ai pas vu volé, je ne sais plus, je ne sais pas » résume l’avocate. Des incohérences, des oublis, des changements pointés par Me D’Agristina. Tout comme concernant l’usage de son GSM. Dans sa première audition, le jour des faits, l’accusé a ainsi déclaré que son téléphone était rangé dans la console centrale de son véhicule. « Pas de chance. Nous avons les vidéos. Et nous avons la vidéo filmée par l’accusé jusqu’à l’impact » pointe non sans ironie la pénaliste.
Des vidéos accablantes
« Cette vidéo démontre vos mensonges. Insiste-t-elle en se tournant vers l’accusé. À 5h04, la vidéo commence. À 18 secondes, il est à 155 km/h à la rue de la Croisette. Une personne marche en sens inverse. Il voit un piéton. Est-ce qu’il freine ? Non. Il tourne à une main. Il croise également un véhicule à la rue des Canadiens. On est à la 37ème seconde. Toutes les 20 secondes, on vous rappelle qu’il y a du monde. Il ne ralentit pas. À 171 km/h, on voit le groupe. Il lâche son téléphone ? Non. Qu’est-ce que se dit M. Paolo Falzone ? Il se dit qu’ils vont se reculer ? Vous ne leur avez laissé aucune chance. La story aurait été spectaculaire si la foule s’était écartée pour lui ».
Me D’Agristina revient aussi sur les faits survenus à la rue Aubry. Là où Paolo Falzone a arrêté son véhicule. Scène entièrement filmée. « Le véhicule s’arrête à 5h10. Paolo est au téléphone avec sa maman. M. Antonino Falzone, vous vous êtes abstenu d’apporter une quelconque aide à qui que ce soit. Y compris aux deux personnes coincées dans l’habitacle. Antonino sort de la voiture à 5h12. Il fait semblant de rien. Il n’est pas sidéré. Il y a des gens qui passent et il détourne l’attention de ces gens ». Et la pénaliste d’insister sur le fait qu’il y a 30ans les déclarations des accusés seraient peut-être passées mais pas aujourd’hui. Rappelant les nombreuses vidéos présentes dans le dossier tout comme les données du véhicule.
L’avocat ponctue sa plaidoirie comme elle l’a débuté en rendant hommage aux victimes et aux parties civiles. « Vous avez été exemplaires. Un modèle de dignité face à ceux qui vous ont tout pris. Restez forts et unis. Ne vous en voulez pas. Continuez de vivre ».
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