Jean-Philippe Mayence, avocat de plus de 100 parties civiles au procès Falzone, a longuement plaidé ce vendredi devant la cour d'assises. Pour le pénaliste, la prémédication doit être retenue pour le meurtre du gille Frédéric D'Andréa.
Procès du drame de Strépy : Me Mayence plaide la préméditation dans la mort de Frédéric D’Andrea
L’émotion et la tension sont montées d’un cran devant la cour d’assises du Hainaut lorsque Me Jean-Philippe Mayence a développé sa plaidoirie concernant la mort de Frédéric D’Andrea, l’un des Gilles percutés lors du drame de Strépy-Bracquegnies. Pour l’avocat des parties civiles, il ne fait aucun doute que Paolo Falzone a agi avec préméditation lorsqu’il a franchi le corps de la victime.
Face aux jurés, Me Mayence a insisté sur le laps de temps dont disposait l’accusé avant le franchissement fatal.
« Il a réfléchi et a délibérément choisi. Il avait la possibilité d’agir différemment. Il avait 22 secondes pour le faire », lance-t-il.
L’avocat interrompt alors volontairement sa plaidoirie pendant 22 secondes dans un silence pesant.
« Vous voyez, il avait le temps. Il a choisi de tuer plutôt que de sauver. Il s’agit donc évidemment pour moi d’une préméditation. »
Selon Me Mayence, Paolo Falzone ne présentait aucun signe de panique après l’impact initial.
« Je ne vois pas de panique dans le chef de M. Paolo Falzone. Les 22 secondes séparant l’impact et le franchissement lui ont permis de décider de franchir le corps sans état d’âme, sans faire la moindre manœuvre d’évitement. »
40 mètres avec le gille sur son capot
L’avocat évoque également les quelque 40 mètres parcourus avant que le véhicule ne roule sur Frédéric D’Andrea.
« Sur les 40 mètres avant d’écraser le gille, on peut considérer qu’il a pu réfléchir. Il a agi après réflexion. »
Me Mayence rappelle ensuite que la notion de préméditation ne dépend pas nécessairement de la durée de réflexion.
« On envisage de considérer que cela signifie que l’auteur a compris la gravité de ce qu’il projette de faire et a tout de même commis l’infraction. Quant à la réflexion, il s’agit de la décision antérieure, réfléchie et définie. Le temps n’a pas d’importance. »
L’avocat s’appuie également sur plusieurs éléments du dossier pour soutenir que Paolo Falzone avait conscience de la présence du gille. Il souligne notamment que l’accusé a affirmé durant le procès avoir voulu éviter la victime.
« Ça signifie donc qu’il l’avait vu », insiste-t-il.
Selon lui, plusieurs témoignages et expertises convergent dans le même sens. Un policier aurait rapporté que Paolo Falzone lui avait déclaré avoir percuté un gille peu après les faits. Les témoins entendus à l’audience affirment également qu’il était impossible de ne pas entendre les grelots du gille.
Me Mayence brandit un apertintaille
Pour appuyer sa démonstration, Me Mayence sort alors un apertintaille dans la salle d’audience et le secoue bruyamment devant les jurés.
Me Mayence demande alors à ce que la vidéo où l'on voit le franchissement de Frédéric D'Andrea soit projetée dans le salle.
« C’est le bruit qu’on entend sur cette vidéo. A-t-il pu entendre ce gille ? Il aurait entendu des insultes de gens qui couraient derrière mais n’aurait pas entendu l’apertintaille et le grelot ? »
« C’est une certitude qu’il a vu ce gille », martèle l’avocat, évoquant également les constatations réalisées lors de la reconstitution.
Me Mayence affirme que les preuves du meurtre sont, selon lui, incontestables.
« Le gille était sur le capot ? Oui. Paolo Falzone a-t-il roulé dessus ? Oui. Que faut-il de plus ? Que ce soit filmé ? Ça l’est. Qu’il y ait des témoins ? Il y en a. »
« J’espère qu’on ne va pas me reprocher d’avoir posé la question de préméditation. J’ai un combat. Un combat qui mène à la vérité. Lorsque j’analyse les faits relatifs à M. D’Andrea, je ne vois pas comment on pourrait faire autrement que de retenir la préméditation. »
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