Après plus de quatre semaines de débats, le jury a reconnu Paolo Falzone coupable des sept meurtres ainsi que de 79 tentatives de meurtre. Antonino Falzone a quant à lui été reconnu coupable de non-assistance à personnes en danger.
À la lecture des motivations du verdict, la présidente Martine Baes a détaillé les éléments qui ont convaincu les jurés. Leur raisonnement repose essentiellement sur la vitesse adoptée par le conducteur, sa connaissance du danger, son comportement avant l'impact et ses réactions après les faits.
Une vitesse volontairement excessive
Pour les jurés, Paolo Falzone n'a pas été confronté à un accident imprévisible. Ils ont estimé qu'il avait consciemment créé une situation mortelle.
La motivation souligne notamment son état d'esprit avant les faits, décrit à travers sa passion pour les voitures, ses nombreux excès de vitesse et les vidéos qu'il publiait sur les réseaux sociaux en se filmant au volant.
Selon le jury, l'accusé a délibérément recherché la vitesse cette nuit-là.
« Il a volontairement, en connaissance de cause, lancé sa petite bombe pour atteindre une vitesse de 174 km/h, soit 3,5 fois la vitesse autorisée rue des Canadiens. »
Les jurés considèrent qu'à une telle allure, Paolo Falzone ne pouvait ignorer les conséquences potentielles de sa conduite.
« Il était pleinement conscient de pouvoir croiser des personnes en pleine rue. Il était conscient qu'en percutant des personnes à une telle vitesse, la mort s'en serait inéluctablement suivie » a ainsi détaillé Martine Baes.
La foule était visible
L'un des points centraux du procès concernait la visibilité du groupe folklorique présent rue des Canadiens.
Sur ce point, le jury s'est largement appuyé sur les expertises techniques et la reconstitution.
« Il n'a volontairement pas freiné d'urgence. Selon l'expert automobile, le groupe était visible à 190 mètres. »
Les jurés ont retenu qu'il disposait de la distance nécessaire pour éviter le drame.
« Il a librement, volontairement et en connaissance de cause, fait le choix de ne pas faire de freinage d'urgence et de continuer sa vidéo pour percuter la foule à 105 km/h. »
L'expert automobile a également expliqué que si un freinage maximal avait été entrepris dès la perception du danger, la vitesse au moment de l'impact aurait été réduite à environ 34 km/h.
Le jury a également rejeté les explications de Paolo Falzone concernant sa visibilité.
« Les déclarations de l'accusé sur sa visibilité à travers son pare-brise ne sont pas apparues crédibles pour le jury. »
Pourquoi les jurés ont retenu le meurtre
La question centrale du procès était de savoir si les décès relevaient d'un homicide involontaire ou d'un homicide volontaire.
Les jurés ont conclu que Paolo Falzone avait accepté le risque mortel créé par sa conduite et poursuivi son comportement malgré ce danger évident.
Pour cette raison, ils l'ont reconnu coupable des meurtres de Vito Cascarano, Frédéric Cicero, Frédéric D'Andrea, Michelina Imperiale, Salvatore Imperiale, Laure Gara et Christine Chavrepierre.
La motivation est particulièrement claire :
« Il a accepté consciemment ces décès. »
Cette formule résume l'analyse du jury : même sans volonté spécifique de tuer une personne déterminée, l'accusé a poursuivi son comportement en sachant qu'il pouvait entraîner la mort.
Le cas particulier de Frédéric D'Andrea
Les jurés se sont également penchés sur les circonstances de la mort du gille Frédéric D'Andrea, resté plusieurs secondes sur le capot de la BMW après le premier impact.
Ils ont estimé que Paolo Falzone l'avait nécessairement vu.
« La reconstitution a montré que le mannequin sur le capot était visible grâce à sa masse et ses couleurs vives. »
Les jurés ont relevé qu'un freinage était intervenu à ce moment précis, sans justification technique.
« Il a opéré un freinage provoquant la chute de Frédéric D'Andrea sur la chaussée. La vidéo objective ce freinage. L'expert automobile a précisé qu'aucune raison technique ne justifiait un freinage à cet instant. »
Ils ont également retenu qu'aucune manœuvre d'évitement n'avait été effectuée après la chute du gille.
« Il a choisi de poursuivre sa route en franchissant volontairement le corps de Frédéric D'Andrea. »
Pour autant, malgré ces constatations, le jury n'a pas retenu la circonstance aggravante de préméditation telle que plaidé par l’avocat de parties civiles, Me Jean-Philippe Mayence. Les jurés ont estimé qu'un doute raisonnable subsistait quant à l'existence d'une réflexion préalable suffisante pour caractériser juridiquement cette notion. Doute qui en droit doit toujours bénéficier à l’accusé.
Antonino Falzone condamné pour non-assistance
Concernant Antonino Falzone, le jury a écarté les explications selon lesquelles il aurait été paralysé par le choc ou placé dans un état de sidération.
« L'état de sidération ne paraît pas vraisemblable aux yeux du jury. »
Les jurés ont estimé qu'il avait eu plusieurs occasions d'agir alors que des victimes se trouvaient encore dans le véhicule ou à la rue des Canadiens.
Ils ont relevé qu'il n'avait pas appelé les secours, n'avait pas alerté les passants, n'avait pas sollicité les automobilistes présents et n'avait entrepris aucune démarche concrète pour aider les victimes.
« Les débats oraux et les témoignages des médecins légistes montrent que l'accusé s'est volontairement et consciemment abstenu de réagir alors qu'il pouvait le faire sans danger pour lui-même. »
Le jury a également observé certains comportements incompatibles, selon lui, avec un état de paralysie psychologique.
« Il a adopté une attitude visant à détourner l'attention des passants, il a aidé Paolo Falzone à sortir du véhicule et a tiré de manière franche sur les jambes de Salvatore Imperiale. »
La conclusion des jurés est particulièrement sévère :
« Il a fait preuve d'une inertie consciente et volontaire, d'un refus égoïste de porter secours. »
C'est sur cette base qu'Antonino Falzone a été reconnu coupable d'abstention coupable, autrement dit de non-assistance à personnes en danger.
Un verdict qui valide largement l'accusation
Au terme de leurs délibérations, les jurés ont donc suivi l'essentiel de la thèse défendue par les parties civiles et l'accusation. Ils ont considéré que Paolo Falzone avait pleinement conscience du danger créé par sa conduite et qu'il avait poursuivi ses choix malgré ce risque, ce qui justifie à leurs yeux la qualification de meurtre.
Seule la préméditation concernant Frédéric D'Andrea n'a pas été retenue, le bénéfice du doute profitant sur ce point à l'accusé.
Le procès entre désormais dans sa dernière phase : celle consacrée à la détermination des peines. Les plaidoiries pour ce volet de la procédure sont prévues mardi. Dans la foulée, le jury entrera à nouveau en délibération. Le verdict final est attendu pour mercredi.
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