Procès Falzone : le manque de signalisation et le freinage avant l'impact au cœur de la plaidoirie de Me Discepoli

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Procès Falzone : le manque de signalisation et le freinage avant l'impact au cœur de la plaidoirie de Me Discepoli

Ce mercredi matin, Me Discepoli a procédé à sa plaidoirie. L'avocat de Paolo Falzone est notamment revenu sur le manque de signalisation et le freinage du conducteur avant l'impact. Les parents de l'accusé étaient présents dans la salle.

L'avocat de Paolo Falzone a commencé sa plaidoirie en rappelant qu'il connaissait particulièrement bien la région du Centre, puisqu'il vient d'un petit village à côté de Maurage et a fait ses primaires à l'école de l'Étincelle. Pendant les débats, il s'est rendu compte qu'une des victimes avait fréquenté cette école et qu'il avait dû la connaître. 

L'avocat a aussi fait une révélation à la cour et à son client. Il connait l'une des personnes présentes dans le groupe. « Ce jour-là dans le groupe, parmi les victimes, il y a quelqu’un que je connais. Je ne l’ai jamais dit à Mr Falzone. On n’en a jamais parlé ».

Me Discepoli a poursuivi en racontant les circonstances de son intervention dans le dossier. Au lendemain du drame, en allant au bureau, il a reçu plusieurs messages sur son répondeur.

Plusieurs personnes me demandent d’intervenir pour elles parce qu’elles ont subi un drame. Parmi ces messages, il y en avait un d’une maman qui me demandait d’intervenir pour son fils. « Mon fils a tué des gens », m’a-t-elle dit.

Il a continué en évoquant son choix de défendre Paolo Falzone. Il rappelle que lors des premiers appels au 112, le désarroi des victimes, mais aussi celui de la maman du conducteur, étaient perceptibles.

Pourquoi j’ai accepté de défendre celui qui est indéfendable ? Ce que j’ai tout de suite compris, c’est que d’un côté, il y avait des gens meurtris et soudés. Des victimes, mais qui formaient un groupe, capables de se serrer les coudes. Et de l’autre côté, j’avais un gars tout seul, considéré du jour au lendemain comme le paria de la société. Il n’aura plus d’amis, que des parents, et Dieu sait ce qu’on a entendu sur eux.

" Il n'y avait pas de signalisation, c'est une réalité "

Pour analyser le comportement de son client, Me Discepoli s’est appuyé sur la vidéo filmée juste avant le choc et le rapport d'expertise mettant en lumière le freinage de Paolo Falzone avant l'impact.

Imaginons qu’on ne l’ait pas cette vidéo. On aurait alors uniquement des témoignages disant qu’il y a quelqu’un qui accélère au dernier moment. Sans la vidéo, on aurait conclu que les victimes et les témoins ont raison. Et l’intention homicide aurait été retenue. Le véhicule a décéléré de 173 à 105 km/h. C’est énorme. Ce n’est pas un freinage timide.

Il a rappelé que le prévenu filmait son compteur et que ce qui l'intéressait était uniquement sa vitesse, pas les obstacles qu’il voudrait frapper ou pas. L'avocat estime que cela montre une absence d’intention de viser des personnes. Il a poursuivi en développant son argument sur le temps de réaction.

J'ai posé une autre question à l'expert : à partir du moment où cette foule est impactée à 105 km/h, combien de temps faut-il pour la traverser ? Il a répondu 1,33 seconde. Les décès se passent en 1,33 seconde. Peut-il vraiment avoir une réflexion de se dire qu'il continue ?

Comme autre argument, il a évoqué la question de la signalisation.

Il n’y avait pas de signalisation, c’est une réalité. S’il y en avait eu une, les choses se seraient-elles passées de la même manière ? Je me pose la question.

Me Discepoli plaide donc la thèse de l'homicide involontaire.

" On est en droit de détester Paolo Falzone "

Dans sa plaidoirie, il a précisé qu'il faisait ce métier pour parler à la place de quelqu'un qui n'a pas les mots justes en précisant que "chaque fois que Paolo Falzone ouvre la bouche, c'est à côté de la plaque". Il a ensuite évoqué les menaces et les injures reçues suite à sa position d’avocat dans ce dossier.

On est en droit de détester Paolo Falzone. Je suis son avocat, mais je n’accepte pas quelqu’un qui considère comme ça les femmes, quelqu’un qui bichonne sa voiture plus que ses compagnes, qui roule à cette vitesse.

Me Discepoli a invité les jurés à faire preuve de prudence dans leur jugement. Il leur a demandé de ne pas admettre les arguments qui ont été présentés comme quelque chose qui ne fait l’objet d’aucune discussion.

Il affirme que l'intime conviction n'existe plus et rappelle qu'en droit, le doute doit être favorable à l'accusé.

Condamnez-le sur base de ce que les tribunaux de police connaissent tous les jours : homicides par défaut de prévoyance et coups et blessures involontaires. 

Il a d'ailleurs critiqué la position du ministère public (ndlr : le Premier avocat général), ce dernier ayant demandé hier aux jurés de répondre "oui" aux six meurtres, à l'assassinat de Frédéric D'Andrea et aux 81 tentatives de meurtre.

On vous dit qu’il a préparé et nettoyé son arme. Concrètement, s’il a voulu tuer tout le monde, s’il a voulu faire un massacre total, comment aurait-il pu faire ? Certaines victimes ont dit qu’elles pensaient même qu’il allait revenir, recommencer. Et si ça avait été le cas, il aurait pu tuer individuellement qui il voulait.

" 31 personnes n'ont pas été touchées physiquement "

L'avocat de Paolo Falzone a évoque la jurisprudence en matière d’intention de tuer en citant plusieurs exemples de conducteurs ayant voulu "massacrer des personnes", via des demi-tours ou des marches arrière pour atteindre à nouveau les victimes. Il rejette donc la thèse d'un massacré délibéré.

Est-ce qu’on se trouve dans cette configuration ? Non. Il a roulé comme un malade, de manière inconsidérée, et il a foncé dans une foule, un mur de personnes. 31 personnes n’ont pas été touchées physiquement. M. Falzone aurait voulu les tuer aussi ? Si vous estimez qu’il a voulu tuer tout le monde, vous répondrez "oui".

Il a énuméré plusieurs situations d’infractions routières pouvant entraîner la mort — alcool, stupéfiants, vitesse — pour souligner qu’un comportement dangereux ne signifie pas automatiquement une volonté de tuer.

Il est un criminel, car il a tué sept personnes et blessé des centaines d’autres, et il le sait. Mais la question, c’est de savoir s’il a voulu les tuer délibérément. Pourquoi le fait d’avoir eu une vitesse démesurée montre-t-il plus l’intention de tuer que quelqu’un qui irait au double de la vitesse autorisée ? Le nombre de victimes n’a rien à voir avec la volonté de tuer. Le nombre ne crée pas l’intention.

" C'est la malheureuse mécanique qui a mené au franchissement du corps "

Me Discepoli a rappelé que, depuis le premier jour, son client était conscient qu'il avait provoqué un drame absolu, mais qu'il a affirmé "ne pas avoir voulu des morts."

Concernant la préméditation sur le gille Frédéric D'Andrea, l'avocat de Paolo Falzone rappelle que les avocats des parties civiles et le ministère public ont indiqué qu'il y avait, selon eux, intention de tuer. Ils ont indiqué que son client aurait réaccéléré puis freiné, sans explication, pour faire tomber le gille, avant de lui rouler dessus.

Je veux que vous envisagiez d’autres possibilités. Le dossier ne permet pas d’avoir la certitude qu’il a freiné. Mais il y a eu un ralentissement, car c’est la malheureuse mécanique qui a mené au franchissement du corps. L’expert conclut que le véhicule n’aurait ni freiné ni accéléré suite au choc initial, ce qui est cohérent avec la faible vitesse moyenne de déplacement.

Il a alors donné son raisonnement sur le moment qui suit l’impact.

Je crois qu’après le choc, il a essayé de maintenir la voiture comme il pouvait, mais qu’il n’a pas touché ni au frein ni à l’accélérateur, car son état ne le lui permettait pas, à ce moment-là.

Il rappelle également que l'impact a gravement endommagé le pare-brise, entraînant une perte significative de visibilité. Il poursuit sur la question de la visibilité de la victime.

Aucun procès-verbal ne dit que le Gille était visible, ils indiquent que ça dépend de la position.

Me Discepoli a ensuite demandé de projeter plusieurs photos issues de la reconstitution du drame de Strépy. Elles montrent que la position du gille diffère selon les témoignages.

Il a cité les conclusions des enquêteurs : "Nous avons l’intime conviction qu’il a fui les lieux de manière non logique à cause des insultes. Il a pris une décision rapide, mais pas la bonne."

Il a conclu sa plaidoirie en s’adressant aux jurés.

Il était important de donner la parole à Paolo Falzone par ma voix. Ce que j’ai dit aujourd’hui, il n’aurait pas pu le dire avec ses mots. Je ne viens pas avec des certitudes, mais en qualité de juges, vous devez vous demander si ça a pu se passer autrement. Si c’est le cas, vous prendrez un type de décision. Vous n’êtes pas là pour faire plaisir à qui que ce soit.


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