Devant la cour d’assises du Hainaut, l’interrogatoire de Paolo Falzone a livré un récit dense et parfois contradictoire des événements ayant conduit au drame de Strépy-Bracquegnies, où sept personnes ont perdu la vie.
Au fil des questions de la présidente, l’accusé a reconnu de nombreux éléments accablants, tout en tentant d’expliquer son comportement et en exprimant ses regrets.
Une nuit marquée par la vitesse et l’alcool
Le 19 mars 2022, Paolo Falzone passe sa journée entre activités personnelles et visite familiale avant de rejoindre une discothèque à Quévy. Il y consomme trois verres d’alcool. Sur le chemin du retour, au volant de sa BMW, il filme sa conduite, atteignant jusqu’à 170 km/h dans une zone limitée à 50 km/h.
Quelques instants avant le drame, les images récupérées montrent une accélération extrême : jusqu’à 173 km/h, avec une pédale d’accélérateur enfoncée à 100 % trois secondes avant l’impact. L’accusé reconnaît ces vitesses, les larmes aux yeux : « J’aurais jamais dû faire ça ».
Son taux d’alcool est relevé à 0,29 mg/l d’air alvéolaire.
Un choc suivi de décisions controversées
Dès le premier impact, Paolo Falzone admet avoir compris qu’il venait de percuter un groupe de personnes. Pourtant, le véhicule poursuit sa route. Il explique ce choix par la peur, affirmant avoir entendu des cris et des insultes autour de lui.
Cette version est contestée par les éléments techniques. Selon l’expert, le système ABS fonctionnait toujours, ce qui signifie que le conducteur gardait le contrôle du véhicule. L’hypothèse d’un freinage immédiat est également remise en cause : à cette vitesse, un freinage d’urgence aurait permis de réduire considérablement l’impact.
Des témoignages évoquent également un second moment critique : un homme projeté sur le capot aurait été ensuite écrasé lorsque le véhicule a poursuivi sa trajectoire. L’accusé affirme ne pas avoir vu cette scène.
Une conduite à risque documentée
L’interrogatoire met en évidence une pratique régulière de la vitesse excessive. Paolo Falzone reconnaît avoir publié des dizaines de vidéos sur les réseaux sociaux, montrant des conduites largement au-delà des limites autorisées, parfois jusqu’à 260 km/h.
Il admet également avoir modifié la puissance de son véhicule, passant de 292 à 355 chevaux, et avoir dissimulé ces modifications lors des entretiens techniques.
Les caméras de surveillance révèlent par ailleurs un comportement révélateur : des ralentissements systématiques à l’approche des radars, suivis de fortes accélérations.
Son passé judiciaire confirme cette tendance. En dix ans, il a accumulé plusieurs infractions routières et près de 2800 euros d’amendes. En 2016, il avait déjà été condamné pour conduite en état d’ivresse.
Des alertes ignorées
Plusieurs proches avaient tenté de le sensibiliser aux dangers de sa conduite. D’anciennes compagnes décrivent une conduite « effrayante », évoquant des pointes à plus de 200 km/h. Sa mère elle-même avait été interpellée à ce sujet.
Malgré cela, l’accusé reconnaît avoir continué à conduire dangereusement, admettant aujourd’hui qu’il roulait régulièrement « comme un débile ».
Entre regrets et zones d’ombre
Face aux questions de la présidente Martine Baes, Paolo Falzone oscille entre reconnaissance des faits et contestation de certains éléments. Il affirme notamment ne pas avoir vu clairement à travers son pare-brise au moment des faits et conteste certaines déclarations de policiers.
Il reconnaît aussi ne pas avoir appelé les secours immédiatement après le drame, préférant contacter sa mère pour lui annoncer qu’il avait « tué des gens ».
L’accusé explique également avoir menti lors de ses premières auditions, par honte de sa vitesse et des vidéos tournées au volant.
Une situation personnelle en évolution
Aujourd’hui, Paolo Falzone vit sous bracelet électronique avec sa compagne. Leur enfant est né en janvier 2025. À l’audience, il exprime sa volonté de changer : « Je veux faire une croix sur le Paolo Falzone d’avant et repartir sur de bonnes bases ».
Son parcours personnel est également évoqué : une scolarité difficile, plusieurs emplois, une relation familiale proche, notamment avec son père gravement malade.
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