Quatre ans après le drame, la cour d’assises va juger, dès ce lundi, le conducteur qui a fauché un ramassage de la société des Bout-en-Train, causant la mort de 7 personnes et en blessant plusieurs dizaines d’autres.
Procès hors norme, car rarement une cour d’assises en Belgique aura réuni autant de parties civiles : 193. À titre de comparaison, à l’entame du procès des attentats de Bruxelles, 95 parties civiles étaient constituées ; 111 s’y sont ajoutées durant le procès.
Hors norme par le nombre de témoins qui seront entendus durant plusieurs semaines : 269. Juge d’instruction, policiers, experts en tous genres, témoins des faits, témoins de moralité et témoins de culpabilité. Des auditions qui s’étaleront sur quatre semaines.
Hors norme aussi, car pour réunir autant de personnes en un même lieu, la cour d’assises a dû se délocaliser au Mons Expo, une première en Hainaut. Impossible, en effet, d’accueillir plusieurs centaines de personnes chaque jour dans la salle habituelle des assises. La Cour, le jury, les parties civiles, les accusés, les avocats, les journalistes et le public seront donc installés dans un vaste hall aménagé en 48 heures seulement. Un défi logistique pour que tout le monde puisse assister, dans les meilleures conditions possibles, aux débats. Une salle que les avocats des différentes parties ont pu découvrir jeudi.
Une organisation compliquée
L’organisation de ce procès a donc nécessité une logistique et des moyens rarement mobilisés pour une cour d’assises en Hainaut. Et il s’en est fallu de peu pour que cette grande machine qu’est la justice ne parvienne pas à mettre sur pied ce procès.
« Nous avons surtout pu compter sur le professionnalisme et la bonne volonté du personnel des cours et tribunaux de Mons », ont ainsi indiqué le Premier président de la cour d’appel et la procureure générale. « Sans ces personnes, qui n’ont pas compté leurs heures et qui ont effectué des tâches parfois très éloignées de leur travail quotidien, ce procès n’aurait pas pu se tenir, en tout cas pas dans des délais raisonnables », ont encore insisté les deux plus hauts magistrats hennuyers.
Des explications qui cachent mal leurs critiques vis-à-vis du SPF Justice, qui a la main sur les budgets et les moyens disponibles pour l’organisation d’un tel procès. Une administration fédérale qui a un temps proposé de réunir la cour d’assises du Hainaut… à Bruxelles.
Un procès hors norme, car il met aussi en lumière la précarité du fonctionnement de la justice. Au-delà des difficultés matérielles et des lenteurs de l’administration, le contrat de location entre Mons Expo et le SPF Justice n’a été signé qu’en toute dernière minute. La tenue d’un procès comme celui qui débute ce lundi repose sur un équilibre humain particulièrement fragile.
Car si, au niveau de l’accusation, l’avocat général — qui représente le ministère public — dispose d’un suppléant, pour la présidence de la cour, il n’en est rien.
« Si Madame la présidente Baes est malade, je n’ai pas de solution de rechange, déplore Philippe Morandini, Premier président de la cour d’appel de Mons. En cas d’indisponibilité de la présidente, le procès sera donc ajourné et il faudra tout recommencer depuis le début. Il me manque sept conseillers à la cour d’appel sur trente magistrats. Il est donc impossible pour moi de déforcer encore plus mes effectifs en affectant un suppléant à la présidente de la cour d’assises. »
Le haut magistrat regrette encore que, lorsqu’un poste de conseiller à la cour d’appel est vacant, l’appel pour le pourvoir n’est pas lancé par le SPF Justice. « Et ce, pour des raisons budgétaires », se désole-t-il. Dans les rangs de la justice montoise, on croise donc les doigts pour qu’il n’arrive rien à celle qui sera seule maître à bord durant les potentiels deux mois de procès.
L’expertise automobile au cœur de l’enquête
Hors norme aussi par la complexité de l’expertise automobile, une analyse qui sera évidemment au cœur des débats. Un document de 300 pages a été présenté lors de la journée de jeudi. Cette expertise est le fruit d’un long et minutieux travail d’enquête et de recoupement d’informations, avec des techniques encore jamais utilisées dans un dossier en Belgique.
L’enquête s’est également tournée vers l’Allemagne et, plus précisément, vers le constructeur de la voiture utilisée par Paolo Falzone. La marque BMW qui, selon l’expert automobile, a fait preuve d’une collaboration toute relative. Le constructeur allemand a bien fourni des données à la suite d’une réquisition de la justice belge, mais des données brutes, presque impossibles à exploiter. Il a donc fallu un nouveau travail de décryptage pour exploiter les informations communiquées par la marque bavaroise.
173km/h 3 secondes avant l'impact
Au final, l’expert automobile a pu retracer, seconde par seconde, le trajet et le comportement au volant du conducteur, depuis son départ d’une boîte de nuit jusqu’à l’immobilisation définitive du véhicule après sa terrible remontée de la rue des Canadiens. Une rue limitée à 50 km/h et empruntée, selon l’expertise, à plus de 170 km/h par Paolo Falzone. Un conducteur qui, pour rappel, se filmait lors de son trajet. Une vidéo qui se termine au moment du premier impact. Vidéo et données issues de son iPhone qui font aussi partie de l’analyse de l’expert automobile.
Hors norme enfin par l’onde de choc qu’a suscitée — et suscite encore aujourd’hui — ce drame dans toute la région du Centre. Depuis ce jour, l’esprit de légèreté et d’insouciance qui caractérise le folklore de notre région n’est plus tout à fait le même. Dans chaque ramassage, dans chaque carnaval, il y a désormais un avant et un après Strépy.
Ce lundi, le procès s’ouvrira avec la lecture de l’acte d’accusation par l’avocat général. Et si le programme établi est respecté, la présidente de la cour d’assises procédera ensuite à l’interrogatoire des accusés. Mardi débuteront les auditions de la juge d’instruction et des enquêteurs.
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