Procès du drame de Strépy : Grégory D’Andrea rend hommage à son frère et réclame justice

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Procès du drame de Strépy : Grégory D’Andrea rend hommage à son frère et réclame justice

Grégory D’Andrea, frère de Frédéric D’Andrea, a pris la parole devant les jurés ce mardi matin. Non représenté par un avocat, il est la seule partie civile à s’exprimer personnellement lors des plaidoiries du procès du drame de Strépy-Bracquegnies.

Avant même de commencer son intervention, plusieurs photographies des sept victimes décédées ont été projetées dans la salle d’audience. Debout à l’endroit même où les témoins se sont succédé pendant plusieurs semaines, Grégory D’Andrea a annoncé son intention : « Je ne suis pas là pour plaider, je veux laisser parler mon cœur. »

« Paolo Falzone aussi répétait »

Dans une intervention mêlant souvenirs personnels, colère et appel à la justice, il a dénoncé le comportement du conducteur avant le drame du 20 mars 2022.

Revenant sur la culture carnavalesque de la région, il a établi un parallèle entre les répétitions des groupes folkloriques et les comportements de Paolo Falzone avant les faits.

« Le carnaval existe dans toute l’entité du Centre avec des soumonces pour répéter. Paolo Falzone aussi répétait ses vitesses folles et ses vidéos avant le drame, pour épater ses followers qui sont moins nombreux que mes amis Facebook. Tout ça pour ça. »

Selon lui, le drame n’est pas le résultat d’un concours de circonstances mais l’aboutissement d’un comportement dangereux connu depuis longtemps.

« Cette voiture trafiquée, boostée, utilisée comme une arme, a tué et a détruit des vies. Même avant le drame, il jouait avec cette arme : vitesse folle, vidéos et provocation. »

Il a également rejeté l’idée selon laquelle le carnaval aurait constitué une circonstance exceptionnelle.

« Il y a cinq sociétés à Bracquegnies et cinq ramassages par société. Ça fait 25 ramassages dans tout Bracquegnies. Donc dans n’importe quelle autre rue, Paolo Falzone aurait tué. »

« Mon frère ne passait pas inaperçu »

Le frère de la victime est longuement revenu sur les circonstances de la mort de Frédéric D’Andrea, gille de la société des Boute-en-Train.

Avec émotion mais fermeté, il a contesté les déclarations de l’accusé affirmant ne pas avoir vu son frère.

« Il roule sur des gens. Il écrase une première personne mais ose dire qu’il n’a rien senti. Après le deuxième impact, il traîne mon frère sur plusieurs mètres, il freine, il le laisse tomber. Il ne voit pas mon frère avec son costume de gille. Je ne sais pas comment il a fait car mon frère ne passe pas inaperçu. »

Pour Grégory D’Andrea, les éléments du dossier sont clairs :

« Paolo Falzone a accéléré, ça a été prouvé, et mon frère est mort à cause de ses roues. »

Face aux jurés, il a demandé que les qualifications les plus lourdes soient retenues.

« Je vous demande de reconnaître ce drame, et j’ai même envie de dire cette tuerie. Je ne suis pas là pour plaider. Je vous demande de reconnaître Paolo Falzone coupable de meurtres, tentatives de meurtre et la préméditation pour Frédéric D’Andrea. »

Antonino Falzone également visé

Grégory D’Andrea a également évoqué le rôle du passager, Antonino Falzone.

Selon lui, ce dernier ne pouvait ignorer les habitudes de conduite de son ami.

« Même Antonino connaissait la conduite de Paolo. Tout le monde connaissait le problème de conduite de Paolo. Antonino dit qu’il ne savait pas, mais il connaissait la conduite dangereuse de Paolo. »

S’il reconnaît que la qualification de complicité de meurtre n’est pas juridiquement envisageable dans ce dossier, il estime néanmoins que la responsabilité du passager doit être retenue.

« Mon cœur aurait voulu qu’il soit accusé de complicité de meurtre, mais je sais que c’est impossible. Une non-assistance à personne en danger est un minimum. »

Il a souligné que de nombreux proches des victimes avaient porté secours malgré le choc du drame.

« Mes nièces, ma belle-sœur, Mario et j’en passe, avaient leurs conjoints à côté, morts. Mais ils ont quand même aidé. Antonino, lui, n’a pas porté assistance. »

« Depuis quatre ans vous êtes cachés »

Au fil de son intervention, Grégory D’Andrea a aussi exprimé son incompréhension face aux versions successives livrées par les accusés.

« Sur des futilités, les accusés arrivent encore à nous balader. J’aurais souhaité que vous soyez un minimum honnêtes, même sur des éléments en dehors du dossier, mais vous ne l’avez jamais été. »

Évoquant les nombreuses réponses évasives entendues durant le procès, il a lancé :

« Depuis ce procès, trois phrases me viennent en tête, comme dans une chanson connue:  “Je ne sais pas”, “Je ne sais plus”, “Je suis perdu”. »

Puis, se tournant vers les accusés, il a ajouté :

« Depuis quatre ans vous êtes cachés. Nous, nous n’avons pas été préservés. On a peur en entendant une voiture, une ambulance... »

Un hommage bouleversant à son frère

Le moment le plus poignant est survenu lorsque Grégory D’Andrea a demandé la diffusion d’une seconde photographie portant l’inscription « Joyeux anniversaire Fred » et « 51 ans » écrit en noir.

Il a expliqué que son frère aurait célébré son 51e anniversaire ce 2 juin.

« Le 2 juin, c’est la date d’anniversaire de mon frère Frédéric. Il aurait eu 51 ans. Si l’âge est écrit en noir, c’est parce qu’on ne peut plus le fêter. » 

 

Après avoir remercié la Cour, les services d’aide aux victimes, les policiers et les avocats des parties civiles, il a salué la solidarité née entre les familles touchées par le drame.

« J’ai rencontré des gens exceptionnels. On a même réussi à rire. Il y a encore du positif, heureusement car sinon on peut tous aller se pendre. Quand ça ne va pas, on vient voir comment va l’autre, même si on ne se connaît pas. »

Enfin, avant de quitter la barre, il a demandé aux jurés de penser aux sept victimes et à leurs proches au moment du délibéré.

« Quand vous allez vous réunir, rappelez-vous Laure et toute sa famille, Christine et toute sa famille, Michelina, Mario, Salvatore et toute la famille Cascarano-Imperiale, Fred Cicero et toute sa famille et mon frère, Fred. »

 

Puis il a conclu dans un silence chargé d’émotion :

« Joyeux anniversaire frérot, je t’aime. »

 


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