Sourde après une méningite, Aaikya Molunko rêve de devenir danseuse professionnelle. La Française a intégré le Rise Training Program à La Louvière. Pour suivre les cours théoriques, elle a besoin d’interprètes coûteux et a lancé un crowdfunding.
Sa chevelure flamboyante et le rythme dans la peau, Aaikya Molunko rêve, comme les autres élèves de sa promotion, de devenir danseuse professionnelle. À une différence près : la jeune femme est sourde.
Si, dans son pays, la France, les portes de la formation sont restées fermées, la Belgique — et plus précisément La Louvière — lui a ouvert les bras. Une situation inédite pour l’école de danse qui l’accueille.
Pour le danseur, chorégraphe et directeur artistique Kevin Pilette dit Pilou, cette intégration a été une évidence.
« Le corps parle. La danse peut exister sans musique. Donner la possibilité à une personne sourde d’intégrer une formation de danse avait tout son sens. Au-delà de l’aspect artistique, l’expérience est avant tout humaine : celle de mondes qui, habituellement, ne se rencontrent pas, mais qui évoluent ici ensemble pendant deux ans».
Très vite, Aaikya trouve sa place au sein du groupe. La communication se fait par gestes, par mimes, et progressivement par quelques bases de la langue des signes que la jeune danseuse transmet à ses camarades.
« Il y a de très belles interactions, on s’entraide beaucoup ».
Ses camarades confirment cette intégration réussie. En deuxième année, le groupe a développé une communication fluide, parfois même inventive. Des signes ont été créés pour désigner chaque étudiant, facilitant les échanges au quotidien comme le confie une autre danseuse, Shanissa Mizero :
« Elle s’adapte à nous, et nous à elle. Ça fait évoluer tout le monde ».
Si la pratique de la danse est un combat quotidien pour Aaikya, le défi est encore plus grand lorsqu’il s’agit des cours théoriques. Pour comprendre l’histoire de la danse, le lien entre le corps et le mouvement, la présence d’une interprète en langue des signes est indispensable. Un soutien essentiel, mais coûteux : près de 900 euros par mois.
« La théorie est primordiale pour pouvoir évoluer et me construire dans la danse. Grâce à une interprète, je peux apprendre, progresser et relier la pratique à la réflexion. »
Son subside d’étudiante française lui permet de couvrir ses frais quotidiens, mais ne suffit pas à financer cet accompagnement. Face à cette difficulté, un crowdfunding a été lancé afin de lui permettre de terminer sereinement sa deuxième année de formation.
Sans interprète, la poursuite de ses études serait compromise.
« Je ne peux pas continuer sans ce soutien. J’ai vraiment besoin d’aide pour réaliser mon rêve ».
Portée par les vibrations de la musique, Aaikya espère aller très loin — et surtout laisser un message derrière elle. Devenir danseuse professionnelle, mais aussi prouver que la danse est accessible à tous.
« Même si je fais partie du monde des sourds, nous sommes tout à fait capables de faire comme les entendants. La danse est aussi faite pour nous. »
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