Durant le procès Falzone, de nombreux témoins ont régulièrement parlé de la méthode EMDR pour les aider à surmonter le traumatisme du 20 mars 2022. Cette thérapie utilise la stimulation sensorielle bi-alternée . Mais de quoi s'agit-il exactement ?
Au CHR Haute Senne, le psychologue clinicien Raphaël Descamps pratique la thérapie EMDR, pour Eye Movement Desensitization and Reprocessing, soit en français « désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires ». Une méthode reconnue pour accompagner les personnes confrontées à un traumatisme psychique explique le psychologue clinicien Raphaël Descamps :
« Quand quelqu’un vit un événement soudain et très intense, tout se bloque, tout se fige, comme si l’on mettait un film sur pause ».
Images, émotions, sensations corporelles ou encore souvenirs restent alors figés dans la mémoire. L’objectif de l’EMDR est précisément de débloquer ces éléments qui n’ont pas pu être assimilés correctement par le cerveau. Le protocole thérapeutique se déroule en huit étapes, de la stabilisation à la réévaluation. Les phases centrales reposent notamment sur des mouvements oculaires. Concrètement, le patient est invité à se replonger dans un souvenir difficile tout en suivant des yeux les mouvements des doigts du thérapeute.
« Cela permet à la personne d’entrer dans une fenêtre de tolérance, où elle peut revivre l’émotion sans être submergée ».
Le rôle du thérapeute est alors de maintenir cet équilibre afin que le patient ne soit ni trop activé émotionnellement, ni complètement dissocié.
La stimulation sensorielle peut également se faire autrement : par des tapotements alternés sur les genoux ou encore grâce à des sons diffusés successivement dans l’oreille gauche puis droite à l’aide d’un casque audio. Cette thérapie peut s’avérer particulièrement utile pour les victimes confrontées à une procédure judiciaire.
« En période de procès, beaucoup de choses peuvent réactiver les événements vécus ».
Certains traumatismes peuvent même ressurgir des années plus tard à la suite d’un élément déclencheur.
Pour les patients, l’EMDR ne fait pas disparaître les souvenirs ni les émotions, mais elle aide à mieux vivre avec comme témoigne Marianna Imperiale, partie civile au procès Falzone :
« Ça ne permet pas d’oublier, ça n’enlève pas la tristesse ou la colère, mais cela aide à retrouver certaines capacités du quotidien. »
Elle explique notamment qu’elle peut aujourd’hui repasser dans une rue qu’elle évitait jusque-là, même si l’émotion reste présente.
« Ça m’aide, mais ce n’est pas miraculeux ».
En général, entre six et douze séances de 60 à 90 minutes sont recommandées, même si la durée du suivi dépend de l’importance du traumatisme vécu.
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