La réforme de l’enseignement continue à secouer cette rentrée scolaire. Diminution d’horaire, mesures contre-productives et casse-tête pour les directions, l’ambiance est loin d’être au beau fixe comme nous avons pu le constater à Soignies.
Réforme de l'enseignement qualifiant : les premières conséquences se font déjà sentir
Alors que la ministre de l'Enseignement Valérie Glatigny avait assuré que sa réforme n'entraînerait aucune perte d'emploi, les témoignages recueillis sur le terrain montrent une réalité bien différente.
À l'École du Futur de Soignies (LPST), directions et enseignants dénoncent les premiers effets d'une réforme qu'ils jugent déconnectée de la réalité. Suppressions de postes, précarisation des enseignants temporaires, réorganisation des horaires et dégradation des conditions d'apprentissage sont désormais le quotidien de nombreux établissements.
« Là, on voit concrètement ce qui se passe. Pour 220 heures de cours, nous avions l'an dernier 11 professeurs à 20 heures. Aujourd'hui, ces mêmes heures sont réparties entre un peu plus de dix professeurs à 22 heures. Les enseignants n'ont pas fait grève uniquement pour deux heures de plus, mais parce qu'ils savaient qu'ils allaient perdre un collègue sur dix. C'est exactement ce qui est en train de se produire. » — Rossana Tasca, Directrice faisant fonction (LPST Soignies)
Les conséquences sont particulièrement lourdes pour les enseignants temporaires. Perrine Szymanski, professeure d'Éducation Physique et de Technique d'Animation, occupait jusqu'ici un temps plein réparti sur trois écoles provinciales. Cette année, son horaire a été réduit à deux vingt-deuxièmes.
« J'ai perdu plusieurs heures parce qu'il faut d'abord servir les enseignants nommés. Aujourd'hui, j'attends un éventuel appel. En attendant, j'ai demandé le chômage et je cherche des remplacements, avec toute l'instabilité que cela implique. Chaque mois, je me demande si je pourrai payer mon loyer. » — Perrine Szymanski, Professeure (LPST)
Pour les directions, cette réforme ne fait qu'accentuer les difficultés organisationnelles. Les réductions de moyens horaires empêchent de maintenir de petites classes et conduisent à une augmentation du nombre d'élèves par groupe.
« Toutes les mesures mises bout à bout font que les petites classes deviennent de plus en plus grandes. Ce sont finalement les élèves qui en subissent les conséquences. » — Rossana Tasca
Les changements touchent également les affectations des enseignants. Certains se retrouvent contraints d'enseigner des matières qui ne correspondent plus à leur formation initiale afin de compléter leur horaire.
« Je n'ai plus qu'un mi-temps en sciences humaines. Pour compléter mon temps plein, je donne désormais des cours de morale ou de gestion de projet. Je n'enseigne plus les matières pour lesquelles j'ai étudié. » — Meli Sen, Professeure de Sciences Humaines
Les difficultés d'organisation se multiplient également. Afin de compléter les horaires, certains cours sont désormais partagés entre plusieurs enseignants qui doivent parfois effectuer de longs déplacements entre deux écoles pour seulement quelques heures de cours.
« Un professeur vient parfois chercher seulement deux heures d'un cours qui en compte quatre. Les élèves se retrouvent avec plusieurs enseignants et ceux-ci doivent parfois parcourir 45 minutes entre deux établissements. » — Rossana Tasca
Face à cette précarité croissante, plusieurs enseignants envisagent désormais une reconversion professionnelle.
« De plus en plus de collègues pensent quitter le métier pour trouver un emploi où le statut est plus stable. » — Rossana Tasca
« Nous avons déjà beaucoup de difficultés à trouver un emploi en tant que temporaires prioritaires. Je me demande comment les jeunes enseignants qui sortiront bientôt de leurs études pourront encore trouver leur place. » — Meli Sen
Alors que les premiers effets de la réforme sont déjà visibles dans les écoles, les enseignants redoutent de nouvelles conséquences dans les prochains mois. Le climat reste particulièrement tendu et de nouvelles actions de mobilisation semblent déjà se profiler afin d'obtenir une révision de cette réforme.
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